J’ai rencontré Mariama lors de mon dernier séjour à Niamey. Jeune étudiante à la faculté de Médecine, elle a développé une application E-santé pour développer son pays. Femme, jeune, Africaine et brillante…elle avait toutes les qualités pour retenir mon attention 🙂 J’ai eu le privilège de l’interviewer pour vous.

Bonjour, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour. Je réponds au nom de Abdou Gado Mariama. J’ai 21 ans et je suis étudiante en faculté de médecine à l’Université Abdou Moumouni de Niamey.

Pourrais-tu présenter ton application ?

L’application que je suis en train de développer et que je propose au concours de l’entrepreneur
social Orange 2018 s’appelle « kimaski » qui signifie « voisin » en langue kanouri.
C’est une application qui permettra de renforcer et surtout améliorer l’accès aux soins de santé pour les populations nigériennes en facilitant l’accès aux services de santé d’urgence et de proximité à travers le service d’aide médicale d’urgence(le SAMU), les sapeurs-pompiers, les consultations en ligne, l’orientation vers des centres de santé spécialisés, un accès à une liste des pharmacies actualisée en fonction des produits disponibles, un counseling, des conseils santé ainsi que les actualités médicales.

Comment est venue l’idée de cette application ?

L’idée de cette application est venue de mon envie et surtout de mon combat pour l’amélioration
des conditions de vie des populations depuis toute petite.
J’évolue dans plusieurs associations et ONG à but caritatif et cela me plait d’aider les gens, de voir leur sourire parce que je leur ai apporté quelque chose ne serait-ce que moralement.

C’est cette envie d’aider les gens couplée à une épreuve personnelle que je vis en voyant un membre de ma famille éprouvée par une maladie difficile, qui m’ont poussé vers la médecine.
Je voulais devenir « médecin » et cela contre vent et marrées et par la grâce de Dieu, je suis
actuellement étudiante en quatrième années d’études médicales.

Grâce à ces études, je me suis encore plus rapprochée de ce que j’aimais à travers mes stages qui me permettent de fréquenter les centres de santé, de côtoyer les patients et le plus important de
connaitre dans la mesure de ce que je vois les problèmes liés à la santé dans mon pays.

J’essaie au quotidien dans mon rôle d’apprenante en stage de donner le meilleur et j’ai toujours
voulu faire quelque chose qui surpasserait ce meilleur et qui toucherait plus de gens que je n’en
touche déjà.

C’est ainsi que tout naturellement, quand un jour de mois de Ramadan quelques minutes après la rupture, je vois cette annonce pour le concours de l’entrepreneur social 2018 à la télé, il me prend l’envie de postuler, mais avec quel projet m’étais-je dis ?

Puis j’ai réfléchi quelques jours et là j’ai eu cette idée, une application mobile en rapport avec mon domaine pour que je puisse premièrement la défendre au mieux et deuxièmement proposer quelque chose d’efficace, un produit au top comme je me le disais en rédigeant le business plan : C’est de là que tout est parti.
J’ai fixé un objectif à cette application et je l’ai développé à travers toutes les rubriques que je
propose.

Penses-tu que les problèmes de connexion permettront à cette application d’être efficace au Niger ?

C’est vrai que dans mon pays nous ne disposons pas de la meilleure connexion internet, je dirai
même qu’on est en retard parce qu’on est toujours sur la 3G alors que beaucoup d’autres pays
sont sur la 4G.
Toutefois, les connexions 3G dont nous disposons aujourd’hui au Niger à travers toutes les
compagnies téléphoniques permettent un assez bon accès à internet.

Les utilisateurs de connexion vous le diront, ils arrivent à utiliser les messageries en ligne, à faire des appels téléphoniques en ligne et même les appels vidéos, ils arrivent à effectuer des
téléchargements etc donc ça va ! La situation n’est pas mauvaise, mais peut clairement être
améliorée c’est sûr, mais comme on le dit souvent : « on fait avec les moyens de bord » et je
pense que l’application pourra être utilisée sans problèmes et elle pourra aussi être l’occasion de
l’implantation d’une meilleure connexion au Niger.

Nous savons tous que la réalité de la santé au Niger est préoccupante, comment vois-tu la suite ?

Je vois une suite favorable dans le sens où de nombreux efforts sont consentis par le
gouvernement, les associations et ONG nationales comme internationales, mais aussi des
particuliers à travers de nombreuses initiatives comme en exemple ce que je fais avec
l’application « kimaski ».

Donc, je vois de réels progrès, de réelles avancées si tous ces efforts sont maintenus et surtout
accentuées car il y a encore beaucoup de choses à faire, mais nous pouvons y arriver et nous
allons y arriver : « Yes we can » comme l’a si brillamment cité Barack Obama.

On dit souvent que les jeunes start-up rencontrent des difficultés de financement, as-tu ce problème ?

Je pense que celui qui a dit cela a bien vu les choses parce que c’est une réalité.
Certes la jeunesse peut avoir beaucoup d’initiatives, on a beau développé les plus belles idées,
mais on est financièrement bloqués et c’est ce qui noient beaucoup de projets, qui étouffent
beaucoup de belles entreprises.

Je prends exemple sur ma propre personne : je suis étudiante, je vis jusque-là grâce à ma bourse
trimestrielle, je n’ai pas d’autres revenus, vous convenez avec moi que c’est difficile de monter
une entreprise ou quoique ce soit d’autres qui nécessitent de gros fonds et c’est là où ce
concours de l’entrepreneur social 2018 d’Orange prend tout son sens pour moi car il pourra me
permettre de concrétiser mon projet et de réaliser mon rêve de voir changer les choses dans
mon pays notamment en matière de santé.

Quelles sont les qualités que tu as et qui t’ont permis d’atteindre ton objectif ?

Je pense personnellement qu’il est toujours préférable de laisser les autres parler de nos
qualités, même si c’est vrai qu’on se fait souvent une autocritique, on se juge soi-même pour
savoir ce qu’on a de bon ou de mauvais, ce qu’il faut changer.
On peut savoir ce qui nous a permis d’accéder à quelque chose et à mon niveau je suis quelqu’un
de très persévérant, de très entêtée, quand je veux une chose, je me donne tous les moyens
possibles et légaux d’y arriver : c’est ce que je fais au quotidien dans tout ce que j’entreprends
notamment par rapport à mon application mobile qui a obtenu la première place à l’issue de la phase des votes nationaux du concours dont je parlais et Dieu sait qu’il a fallu de la persévérance pour maintenir le cap car ce sont des votes qui ont duré un mois plein.

En tant que femme es-ce difficile au Niger de devenir entrepreneur ?

Honnêtement, je dirais « non ! » parce qu’il suffit de savoir ce qu’on veut exactement atteindre
et de s’y mettre comme il faut. Quand je dis comme il faut c’est donner le meilleur de soi-même
et être persévérante car tout est possible. La femme est capable de beaucoup de choses, la
femme a beaucoup de talents et elle doit sortir de cette bulle dans laquelle on l’a mise depuis
des siècles et qui n’a jamais eu raison d’être.
Elle doit surtout exploitée le changement de mentalité et l’épaulement dont font preuve
beaucoup d’hommes aujourd’hui en faveur des femmes pour s’émanciper, s’autonomiser et
contribuer à son développement personnel et celui de toute sa communauté.
Personnellement, depuis que j’ai lancé « kimaski », le soutien pleut de partout, des hommes
autant plus que des femmes. Beaucoup d’hommes me disent : « je suis heureux de voir une
femme entreprendre un projet tel que tien » et c’est que du bonheur et ça donne encore plus de
motivation.
Alors, les femmes réveillons-nous et agissons autant que nous le pouvons pour nous- même,
mais aussi pour notre pays.

As-tu un message à transmettre aux jeunes du Niger ?

Bien-sûr que j’ai un message pour les jeunes. J’ai envie de leur dire : « n’ayez pas peur de vous
lancer dans de nouvelles choses, de vous aventurer sur de nouveaux terrains, ayez juste en tête
un objectif coriace. En exemple, je ne suis pas informaticienne, je ne connais pas beaucoup de
choses du digital, mais parce que j’ai un objectif auquel je m’accroche je sais que je peux y arriver car le plus dur est fait et le plus dur c’est de se lancer.

Aussi, sachez que les réalisations de ce monde même les plus petites ne se sont pas faites du jour
au lendemain ni d’un coup de baguette magique, il faut de la patience, de la persévérance, de
l’organisation pour atteindre vos objectifs.
Et n’attendez pas demain ni après demain, commencez maintenant, faîtes le maintenant. Le
changement c’est maintenant ! Le changement c’est nous ! Nos aînés comptent sur nous ! Tous
les yeux sont rivés sur nous et nous n’avons pas le droit d’échouer alors donnons le meilleur,
faisons tout ce qui est possible pour être digne de ce qui est attendu de nous.
Enfin, sachez que rien n’est impossible. Avec de l’organisation et de la persévérance, tout est
possible ! »